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 I never had a friend like you || Ailean & Arnaud

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Le loup

Le secret dévoilé
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Ailean Fraser
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MessageSujet: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Mar 17 Mai - 13:00

I never had a friend like you

Arnaud de Pellegrue & Ailean Fraser


Le palais de la cité était très calme lorsqu’Ailean pénétra dans les couloirs de la bâtisse, son pas résonnant contre les hauts murs de pierre. Quelques gens de la Cour s’y promenaient déjà, ainsi que des serviteurs s’activant à leurs tâches quotidiennes. Tout comme elle, des visiteurs entraient timidement, mais sûrement, car ayant tous une bonne raison. N’entre pas qui le souhaite et par chance, le rang de l’écossaise lui permettait de franchir ses murs impénétrables en toute quiétude. A travers les fenêtres, on pouvait apercevoir les flots de pluie s'abattrent sur Paris, quand les vitres n’étaient pas recouvertes de goûtes d’eau. Le ciel couvert de nuages  gris ne laissait que peu de place aux rayons ardents du soleil, remplacés par la faible lueur des torches accrochées aux murs. Les sifflements du vent glacial se faisait entendre, donnant un air peu accueillant à certains endroits du palais.

Ce temps maussade ne découragea pas pour autant la jeune femme, qui prit son courage à deux mains, affrontant la pluie gelée et le vent d’hiver. Portant une lourde cape surmontée d’une capuche, ses cheveux avaient été en partie protégés, mais ces derniers étant long et lâchés, leur bout se retrouvant ainsi légèrement trempés et ondulés. Cela ne la dérangeait pas, la pluie n’étant pas rare dans son écosse natale, aussi il lui arrivait souvent de revenir trempée de la tête au pied au château, au grand désarrois de sa mère. Mais elle n’était plus en Ecosse depuis longtemps et elle avait rapidement comprit ce qui était tolérable là-bas ne l’était peut-être pas dans le royaume de France. Ailean se trouva donc un coin moins fréquenté que le hall principal et s’attacha les cheveux, pour ainsi cacher la misère causée par la pluie, et se hâta d’aller en direction des appartements d’Arnaud,
A Paris pour quelques jours, la rouquine n’avait pas résisté à l’envie de rendre visite à son ami, comme elle le faisait souvent. Le savoir de retour de son voyage lui avait rendu le sourire, car discuter avec Arnaud était la seule raison pour laquelle elle aimait se rendre en la cité royale. Les personnes qu’elle côtoyait se trouvant toutes au duché de Bretagne, elle n’avait aucune autre raison de se rendre aussi loin. Le voyage entre Nantes et Paris n’était pas de tout repos, sa plus grande consolation était de trouver un visage familier à l’arrivée, chose à laquelle elle n’avait pas eu droit cette fois-ci. Jusqu’à maintenant. C’est donc en délaissant sa mère, mais en étant néanmoins accompagnée de sa chambrière, qu’Ailean affronta la tempête. Sa génitrice refusait de la laisser sortir seule, ce qui pouvait se comprendre étant donné ce dont souffre sa fille. Cette présence ne gênait la gênait pas, mais elle ne serait pas contre un peu d’intimité.

Patientant dans l’écritoire, la demoiselle observa les quelques livres présents dans l’étagère, dont elle comprenait à peine les quelques mots écrits. Bien que sachant parfaitement parler français -quoi que son léger accent la trahis de temps à autre-, quelques rudiments lui échappaient toujours, dont la lecture. Lire et écrire n’avait jamais été son fort et encore moins dans une langue qui lui était étrangère. Elle savait tout de même se débrouiller et faire en sorte que ses correspondants la comprenne.
La pièce était silencieuse, presque beaucoup trop calme. Assise dans un coin, la chambrière  observait par la fenêtre de la pièce, sans dire un mot. Elle et sa maîtresse s’entendaient à merveille, mais il fallait avouer que l’idée de sortir par ce temps ne la réjouissait en aucun cas. Elle s’était pourtant résignée, Ailean étant aussi têtue qu’une mûle. Toutefois, elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter à chacune de leurs sorties, les crises de la jeunes femmes se déclenchant souvent quand on s’y attend le moins. Cette dernière ne tarda d’ailleurs pas à se tourner à son tour vers l’extérieur, se tenant debout, dos à la porte. Elle était nerveuse et à la fois pressée à l’idée de revoir son ami, telle une enfant attendant un cadeau d’anniversaire, tout en ayant peur de le déranger dans ses affaires. Cette excitation se voyant sur son visage souriant et ses mains qu’elle ne cessait de bouger, froissant par endroit sa robe chaude.

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Arnaud de Pellegrue
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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Ven 3 Juin - 18:24


Arnaud & Ailean
« N'oubliez pas l'hospitalité, car, grâce à elle, certains,
sans le savoir, ont accueilli des anges. »
-  Hébreux 13:2






Dire que le voyage du cardinal en Angleterre avait été atypique aurait constitué un bel euphémisme. Edward II était à mille lieues de l’image que l’on pouvait se faire d’un souverain, et quand bien même l’envoyé d’Avignon avait-il été prévenu des particularités du Roi, et se fût préparé à y faire face, la confrontation de leurs deux mondes n’avait pas été moins rude. Leurs échanges étaient demeurés parfaitement pacifiques, ne tremblez point à ce sujet, et nous étions même en mesure d’affirmer que dans une certaine mesure, leurs caractères s’étaient plutôt bien conjugués, laissant soupçonner quelques traces de connivence. Cependant, la raison de la présence d’Arnaud outre-manche était restée trop prégnante dans leurs échanges, même lorsqu’ils avaient discuté de choses inconséquentes, pour que ces  conversations fussent pleinement légères ; le vif du sujet, quant à lui, n’avait cessé de confondre de Pellegrue, bien que sa résolution d’arborer un sérieux aussi inoxydable que possible ne l’eût point quitté, ce qui avait laissé le champ libre à Edward pour malmener rhétoriquement le malheureux. Quand bien même le religieux eût été certain du bienfondé du point de vue qu’il avait défendu, et que son instinct lui eût soufflé que son hôte se jouait de lui à quelques reprises, le Girondin s’était donné bien du mal, ce qui était d’ailleurs tout à son honneur, compte-tenu du tempérament pour le moins capricieux et versatile de celui à qui on lui avait demandé  de faire la morale. Si le sang bleu suivrait ou non les principes de vie qu’avait tenté de lui inculquer le Français, seul l’avenir le dirait –même Dieu Lui-même, malgré sa divine omniscience, devait douter de l’hypothèse sur laquelle parier-, il ne restait plus au pieux gentilhomme qu’à espérer que son discours ne soit pas totalement tombé dans l’oreille d’un sourd, et qu’au moins, la tête couronnée à la réputation la plus sulfureuse d’Europe repenserait de temps à autres à leurs échanges, au point auquel vivre dans la lumière du Seigneur par une conduite sans faille valait plus que tous les plaisirs illusoires offerts par le Péché.

Son séjour au sein de la capitale anglaise avait été agréable, mais malgré cela, c’avait été avec un certain soulagement que l’archidiacre avait regagné Paris, son rassurant lieu de vie habituelle, si bien connu, si reposant et sûr. Les propos tenus par le suzerain étranger l’avaient pour le moins troublé, un malaise que le fait de changer d’air et de retrouver des êtres bien pensants saurait certainement dissiper. Comment un chrétien pouvait-il soutenir avec une telle franchise –une telle « gourmandise », même, tel aurait été le mot qu’Arnaud se serait risqué à employer- le charme de rapports charnels partagés avec une personne de même sexe… Edward était demeuré évasif quant aux plaisirs qu’il trouvait en partageant sa couche avec d’autres hommes, dont Hugues le Despenser, mais les sous-entendus glissés ici et là, doublés de son attitude à la fois désinvolte et légèrement mutine, avaient amplement atteint leur but, et décontenancé leur malheureuse cible, bien trop chaste pour soutenir l’apologie de telles dérives. À moins que ce n’eût été son propre cœur qui ne commençât de le trahir, les appétits de celui qu’il se devait de sauver ayant trouvé un écho dans les prémisses d’attirance le poussant vers Guilhem de Villaret ? Sa sérénité olympienne avait clairement été mise à mal lors de ce périple, un inconfort heureusement maté par une solitude que le cardinal avait demandé à ce que tous, y compris son ami et garde du corps, respectent jusqu’à leur arrivée à la Cour du Roi Louis, pour mieux le laisser restaurer sa quiétude par la lecture de recueils de prières. Docile, l’ancien Templier avait respecté ce souhait, soucieux de la tranquillité d’esprit de son protégé, qu’il avait sentie vacillante.

C’avait été remis de ses émotions et de son angoisse passagère que de Pellegrue avait repris le cours de sa routine habituelle, avec le même sourire communicatif et la même bienveillance, si bien que bientôt, les affres traversés en Angleterre ne furent plus qu’un mauvais souvenir. Les intempéries malmenaient plus que jamais les indigents contraints de vivre à même la boue au cœur des venelles de la cité, ce qui ne manquait pas d’augmenter le nombre des requêtes qu’on lui transmettait, émanant des divers établissements de charité avec lesquels il était en contact régulier. Le printemps se faisait ardemment désirer, quoi que plusieurs mois fussent encore à attendre, et dédier moult prières afin que les futures récoltes soient sauvées par un arrêt divin des ondées avant que les dommages causés aux champs ne deviennent irrémédiables n’était pas un vain mot. La prochaine élection papale, que les divers royaumes appelaient de leurs vœux avec toujours plus de véhémence, se devait également d’être mise sur pieds, une tâche titanesque à laquelle Arnaud se devrait de prendre part, quand bien même l’aspect politisé de l’évènement lui déplut sensiblement, et que bien malgré lui, plus de voix qu’il ne l’aurait cru risquassent de s’élever pour faire de lui un candidat au trône de Saint-Pierre.

L’activité besogneuse née de la nécessité de traiter toutes ses affaires en cours fut un beau jour brisée par une fort agréable nouvelle : dame Ailean Fraser leur faisait le plaisir d’une visite, impromptue certes, mais qui ne manqua pas de réjouir de Pellegrue dès qu’un serviteur vint le tirer de la correspondance dans laquelle son maître se trouvait abîmé. La jeune femme pouvait se vanter de posséder une affection toute particulière de la part du religieux, qui en retour bénéficiait d’une confiance et même d’une déférence rare de la part de l’Ecossaise, dont les visions en effrayaient plus d’un, si bien qu’un lien particulier les unissait. Egal d’un modèle de commisération comme à l’accoutumée, le saint homme voyait cette tare comme une particularité comme une autre, sans dégoût ni crainte : tous les enfants du Seigneur méritaient amour et compassion.

-Lady Ailean, vous me voyez ravi de vous revoir… ! la salua-t-il dès qu’il franchit le seuil, précédé de son domestique venant de l’annoncer.

La gouvernante de la demoiselle reçut de sa part un signe de tête respectueux, et alors que cette dernière se penchait pour déposer un baiser sur son anneau cardinalice –rite protocolaire dont Arnaud avait affranchi sa jeune amie depuis longtemps-, l’archidiacre remarqua les traces sombres qu’avait laissé l’eau de pluie sur les vêtements de sa vis-à-vis, comme pour les décorer de parures humides.

-Miséricorde, le temps ne vous à point épargnées… Anthelme, ordonna le Girondin à l’adresse du valet demeuré sagement en retrait, veuillez raviver le feu, je vous prie.

Avec diligence, Anthelme s’exécuta, ne montrant que trop par son bon vouloir à quel point les domestiques mis au service du cardinal par le Roi n’étaient que trop heureux de servir un tel homme, un aristocrate certes, mais dont la façon d’être avec tous, nobles ou manants, leur faisait nourrir en leur cœur autant de gratitude que de fierté à accomplir leurs corvées.

-Ma pauvre enfant… Désirez-vous que l’on vous apporte une nouvelle toilette, ainsi qu’à votre gouvernante ? Il ne saurait être ardu de vous trouver de quoi vous changer.

Un homme de sa qualité n’aurait en effet été capable de tolérer que des visiteuses ne demeurassent pas parfaitement au sec en ses appartements, d’autant plus que c’était par la générosité Sa Majesté Louis le Hutin que l’homme d’Eglise jouissait d’un tel confort au cœur-même du palais, un luxe envié par bien des courtisans.






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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Dim 12 Juin - 13:58

I never had a friend like you

Arnaud de Pellegrue & Ailean Fraser


Les actes et démonstrations de respect sont monnaies courantes en Écosse, que ce soit envers son seigneur ou son roi. Les rassemblements restent les événements plus impressionnants; tous ces membres d'un même clan prêtant hommage à leur chef de clan… Ailean a baignée dans tous ces cérémonials dès son enfance, soit en recevant le respect des subordonnés à sa famille, soit en en faisant preuve envers les autres seigneurs et son oncle. Bien qu'étant la nièce du roi Robert Ier, elle n'en restait pas moins un de ses sujets avant tout, la soumission allant avec. La jeune femme avait rapidement adoptée tous ces gestes simples, mais qu'il serait dangereux d'oublier. La révérence était un mouvement qu'elle exerçait avec une grâce insolente, répété maintes et maintes fois durant son éducation. Elle le percevait comme un pas de danse se voulant élégant et humble à la fois qui se devait d'être parfait, car c'est avec lui que les rencontres s'engageaient. Si la révérence était bien exécutée, un respect mutuel s'installait. A l'inverse, c'était de la méfiance, du mépris, presque un défis. C'était tout un langage du corps qui se mettait en place, intemporel et sans frontière.  
La rouquine s'exécuta, un sourire à peine caché s'inscrivant sur ses lèvres. Le cardinal était peut-être une bonne connaissance, il n'en restait pas moins un homme d'Eglise d'importance. Les bonnes manières étaient gravées à l'encre dans la nature d'Ailean et peu importe la situation, elle en fera toujours usage. Dans un cas elles étaient les bienvenues, dans un autre elles agaçaient, ce qui était toujours plaisant à voir.

-Votre Eminence.

Cela lui faisait si plaisir de revoir un visage familier dans un univers qui lui paraissait si austère ! Paris n'était pas une ville que la demoiselle affectionnait sans pourtant la déteste. La campagne et les grandes étendues étaient néanmoins chères à son coeur, bien moins oppressantes et dégageant une odeur bien plus agréable. Quant aux fastes de la capitale, rien n'était plus ennuyeux à ses yeux. Ce jeu d'apparence et de faux-semblants ne l'intéressait guère, et pourtant c'était un passage obligé lors que l'on passait par Paris.

Rapidement, Ailean examina son accoutrement plus ou moins sec par endroit avec une moue dubitative. Les gouttes d'eau contrastaient avec le vert de sa robe, lui donnant une couleur plus foncée. Rien de quoi déranger la jeune femme qui savait se retrouver dans des états beaucoup plus lamentables, allant même jusqu'au désastreux. Le regard qu'elle échangea avec Clémence lui fit comprendre que sa gouvernante se sentait mal dans ses propres vêtements et que sa protégée ferait mieux d'en faire de même. L'entêtement de la famille Fraser n'est cependant pas chose aisée à changer…

-C'est très aimable de votre part, mais cela ne sera pas nécessaire pour moi… Ce ne sont que quelques gouttes.

Le sourire satisfait qui l'illumina montra que la proposition d'Arnaud était comme tombée du ciel. En Effet, Clémence la suivait dans tous ses mouvements, chargée par sa génitrice de ne pas la laisser seule en cas de crise. La jeune femme était devenue comme une seconde mère pour l'Ecossaise, mais il fallait avouer que sa présence pouvait être parfois pesante, bien qu'elle ne se cachait jamais de ses actions et de ses dires, au grand désarrois de sa compagne.

-... En revanche, je pense que mon amie vous en serait reconnaissante.

La gouvernante sortie de la pièce et se sentant coupable, la rouquine glissa les pans de sa robe. Elle savait qu'une fois qu'elle se retrouverait toutes les deux, elle subira son courroux durant tout le trajet de retour. Mais qu'importe. Ailean avait trouvée le moyen parfait pour l'éloigner quelques temps et ainsi ne pas avoir l'impression d'être surveillée. En compagnie du cardinal, elle savait qu'elle n'avait rien à craindre, ce dernier sachant parfaitement calmer ses crises. Elle ne pouvait être entre de meilleures mains qu'entre celles d'un serviteur du Tout Puissant.

-J'espère que ma visite ne dérange en rien vos affaires.

Parlant désormais très bien le français, un léger accent trahissant ses origines se faisaient toutefois entendre et ce même après toutes années.

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Dernière édition par Ailean Fraser le Jeu 16 Juin - 13:11, édité 1 fois
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Arnaud de Pellegrue
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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Mar 14 Juin - 20:19



I hope you feel like home
Ce ne sont pas les pierres qui bâtissent la maison, mais les hôtes.




Si l’on comptait toutes les connaissances d’Arnaud, de celles faites lors de simples visites et qu’il ne reverrait sans doute jamais plus, aux amis de longue date et à ses relations quasiment diplomatiques, presque toute l’Europe se voyait balayée, ce qui ne manquait pas d’allure. De l’Ecosse jusqu’à Rome, en passant par Paris, la Bretagne, Avignon et le sud-ouest, terre natale du cardinal, sans oublier la Bohème d’où était originaire le Roi Jean Ier, et la Castille, patrie de la noble Sancha de San Servando dont le religieux ferait sous peu la connaissance, son aura bienveillante était connue, certes par à chaque fois un ou deux privilégiés, mais assez pour s’émerveiller la facilité avec laquelle de Pellegrue s’attirait la sympathie d’autrui. Nulle fierté n’en croissant dans son cœur pour cela : après tout, il n’avait pas recherché à réaliser pareille prouesse, et le fait de pouvoir se compter d’agréables correspondants avec qui échanger des missives ainsi que recevoir la visite suffisait amplement à le combler. C’était d’ailleurs plus une sorte d’incrédulité qui serait venu naturellement nimber son âme si le girondin avant pleinement réfléchi à l’ampleur de son réseau de fréquentations, lui qui n’avait aucunement aspiré plus que cela à obtenir des charges de plus en plus prestigieuses, l’amenant de par leur importance à côtoyer des ressortissants de nombreux autres Royaumes et contrées. Dire que, jeune homme, il était entré au séminaire afin de devenir prêtre, et seulement prêtre ! Avoir à veiller sur une paroisse le plus simplement du monde, entre messes du dimanche, baptêmes, mariages et mises en terre, à l’époque le charmait au-delà de toute expression, et avait constitué le futur qu’il avait rêvé d’avoir, qu’il pensait même être el seul auquel il aurait jamais accès. Une vie sans fastes, sans titres ronflants, sans voyages au long cours… Son lien de parenté avec le Pape Clément V en avait décidé autrement, et pas seulement parce qu’Arnaud se trouvait être son neveu, mais parce que lui, plus que tout autre, avait su lui montrer à quel point sa foi était véritable.

Il se trouvait donc ici, dans la demeure du Roi de France, à accueillir une membre de la famille du souverain d’Ecosse, fille d’un chef de clan, et exilée du fief l’ayant vue naître. Cela aurait presque pu lui donner le tournis, en un sens.

-Je vous en prie, il est désolant de voir de quelle manière le ciel de la capitale vous reçoit. J’espère néanmoins que votre voyage fut agréable.

Pauvre de lui, l’archidiacre ne verrait à nouveau bien malgré lui l’outil de volontés extérieures, art occulte dans lequel les femmes s’illustraient avec brio. La malice déployée par Ailean, largement en deçà des prouesses de conspirateurs nés élaborées par d’autres habitués du palais, fut à peine perçue par le cardinal, dont l’offre avait été aussi sincère que dénué de desseins secrets ; il ne souhaitait ni mettre mal à l’aise la suivante de sa visiteuse, ni attirer des ennuis à cette dernière. Son bon fond se heurta à son propre respect des convenances, tout aussi patiné de droiture que le respect des dogmes que le pieux personnage s’imposait : la demoiselle, du fait de son rang, se voyait responsable de la camériste à son service, leur relation de servante à maîtresse ne regardait qu’elles, sans qu’une ingérence de la part de leur hôte ou de qui que ce fût d’autre n’ait droit de s’immiscer entre les deux femmes. Le Girondin laissa donc la dénommée Clémence suivre son valet, et celle-ci n’aurait à craindre que le religieux lui tînt rigueur d’avoir ainsi « abandonné » celle sur qui elle veillait avec tant d’assiduité, car la malheureuse risquait fort d’attraper une mauvaise fièvre si elle demeurait vêtue de sa robe trempée.

La mine souriante et détendue de l’Ecossaise faisait plaisir à voir, lorsque l’on songeait à la violence des crises de panique qui émaillaient encore son quotidien, et dont Arnaud avait été l’involontaire témoin, avant de parvenir à juguler la terreur inspirée à la jeune femme.

-Du tout. Au contraire, il est bon de parfois repousser à plus tard son ouvrage pour s’y replonger à un autre moment, pour mieux se changer les idées et s’y replonger l’esprit éclairci.

La pièce comptait plusieurs sièges, dont un banc installé le long de l’ouverture pratiquée dans la pierre de taille servant de fenêtre ; ce fut vers lui qu’Arnaud invita sa visiteuse à prendre place, afin de bénéficier du peu de lumière du jour leur parvenant à travers les nuages.

-Comment vous portez-vous, ma chère enfant ? Et quelles sont les nouvelles ?

De Pellegrue n’avait pas encore reçue la réponse d’Alix de Bretagne à sa dernière missive : la fille de la duchesse de Bretagne, tout autant qu’Ailean, lui rapportaient les aléas de la vie à la Cour de Rennes, ce qui l’intéressait beaucoup, non point pour se tenir informé des derniers commérages ou de la situation politique de leurs voisins, mais bien par affection pour les deux jeunes personnes, que le cardinal avait pris sans formalité ni annonce officielle sous son aile.










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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Ven 1 Juil - 12:12

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Ailean n'avait pas un mauvais fond, au contraire elle était plus bienveillante qu'indifférente envers les personnes qu'elle côtoyait et qu'elle appréciait. Elle savait Clémence emplie d'un besoin de perfection dans ses tâches quotidiennes, notamment celle de prendre soin de celle dont elle avait la garde. En la congédiant, l'écossaise l'empêchait de mener à bien sa mission et c'est pourquoi elle se sentit soudainement mal à l'aise. Au-delà d'une simple gouvernante, Clémence était également devenue une amie, une confidente. Elle connaissait sa maîtresse dans ses moindres secrets, comme une seconde mère, mais dont l'autorité appartenait à l'enfant. En agissant ainsi, Ailean était dans son plein droit, la jeune femme étant sous les services de sa mère et donc d'elle. Cependant, elle craignait que son geste ne froisse Clémence et qu'une dispute en découle, n'ayant pas l'habitude d'être ainsi mise de côté. Sans doute lui ferait-elle de nombreux reproches sur son comportent, qui du point de vue de la demoiselle n'avait rien de téméraire : elle se trouvait en terres amies et non ennemis. La blesser n'avait point été son but, mais plutôt de ne pas avoir la sensation d'être observée. Seule, la rouquine pouvait être elle-même, mais en compagnie de celle qui l'accompagnait elle devait faire attention au moindre de ses gestes, sous peine de recevoir de nombreuses brimades.

Le cardinal avait cette étrange faculté d'apaiser Ailean, que ce soit dans sa présence ou sa manière de parler. Tout dans sa manière d'être respirait la sérénité et il lui semblait impossible de se sentir agressée ou en danger en de pareils lieux. Arnaud était bien plus grand qu'elle et ce même en étant assit. Il faut dire que l'écossaise avait une taille légèrement en dessous de la moyenne, ce qui accentuait ce côté enfantin que pouvait donner son jeune âge. Elle savait néanmoins faire preuve d'une grande maturité et se montrer bien plus féminine et grandit que la plus aguerrie des femmes. Un trait de famille, sans doute.
Dans son dos, elle pouvait entendre le bruit des gouttes d'eau frapper la vitre, ainsi que le froid s'engouffrer par de minces ouvertures. Le vent venait chatouiller sa robe et son cou nu, mais la chaleur commençant à émaner de la cheminée suffit à ne pas lui faire remarquer ce petit désagrément. Peut-être regrettera-t-elle d'avoir retiré son écharpe demain, lorsqu'elle sentira une gêne lui gratter la gorge…

-Je suis à Paris pour quelques jours, Mère m'a chargée de vous transmettre ses bons souvenirs.

C'est avec le même sourire aux lèvres qu'Ailean répondit au cardinal. Le regard posé sur ses mains jointes, elle semblait apaisée et confiante. Elle pouvait tout dire à Arnaud, car elle savait qu'il ne la jugerait pas, mais qu'il lui parlerait toujours avec justesse. Avec un autre membre de la communauté du Seigneur, elle n'aurait pas osé parler aussi librement du mal qui la traquait, car elle savait très bien le genre de discours et de jugement que l'on risquait de lui faire. La demoiselle n'avait pas besoin qu'on lui rappelle sa folie ou qu'on la couve, mais qu'on s'adresse à elle comme une personne normale.

-Quant à moi tout va pour le mieux, si l'on met de côté mes… démons.

Il était difficile pour l'Ecossaise de mettre un mot précis sur l'origine de ses crises, elle-même ne sachant pas définir ce qui lui arrivait. Elle savait néanmoins que son ami la comprendrait, peu importe le terme employé.

-Depuis notre dernière rencontre, ils n'apparaissent que rarement, continua-t-elle en se redressant sur le banc. J'ignore s'il s'agit d'une simple période ou si le Tout Puissant concède à me laisser un instant de répit.

Loin d'être une des plus ferventes fidèles, elle n'en était pas moins une croyante convaincue qui se tournait souvent vers Dieu lors de moments difficiles. Il avait su la préserver elle et sa famille en vie et en bonne santé, quelques prières pour l'en remercier n'est en rien de la luxure.

-Mais il me tarde d'entendre votre récit de Londres ! Comment était-ce ?

Ailean avait un profond méprit pour les Anglais, et ce depuis sa naissance. Elle avait reçu une éducation allant dans ce sens et elle avait elle-même vécu dans les conflits opposant les deux pays voisins. Son avis n'étant pas objectif il lui semblait intéressant de savoir le point de vue d'Arnaud, ce dernier s'étant rendu au plus près du pouvoir anglais.

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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Lun 4 Juil - 20:26



En terres inconnues
La vie est un voyage expérimental, accompli involontairement.




En un sens, Ailean aurait dû se méfier d’Arnaud, et même peut-être le fuir, pour sa propre sauvegarde. N’imaginez point le prélat comme l’égal d’un manipulateur de génie, capable de se faire passer pour un ange alors qu’en son cœur ne siégeaient que noirceur et vices ; rassurez-vous, la confiance, l’amitié et les âmes dont la garde avait été donnée à de Pellegrue ne se trouvaient nullement entre de mauvaises mains, loin de là. Néanmoins, la jeune femme souffrait d’une affliction bien particulière, pour laquelle celui auquel elle se remettait pleinement aurait risqué de la conseiller de la pire des manières, convaincu de la guider sur la bonne voie. Cela n’aurait pas été mal intentionné, au contraire, mais le religieux avait été mené sur des sentiers trompeurs, desquels il avait tiré –et tirait toujours- sa foi lumineuse, au point de ne pas voir le péril là où un juste doute aurait été de mise, s’il n’avait pas tant été imprégné par la certitude d’avoir été le témoin d’un miracle. Il y avait de cela quinze longues années,  son frère Guillaume avait été sauvé par une intervention tout divine, alors que nombre de médecins avaient abandonné les uns après les autres le chevet de l’enfant, vaincus par l’incurabilité des troubles du petit noble. Son esprit ne paraissait pas grandir à la même vitesse que son corps, demeurant dans l’enfance la plus tendre au point que le respect des règles les plus élémentaires de bienséance constituât une règle que Guillaume se voyait incapable de suivre sans qu’on le lui rappelle ; quant à ses crises de colère, elles se terminaient invariablement par des borborygmes incompréhensibles, alors qu’animé d’un inquiétant balancement d’avant en arrière, son être se repliait sur lui-même, comme armé d’une carapace impénétrable. Leurs gouvernantes s’étaient vite rendues à l’évidence que mieux valait pour elles laisser de côté cette étrange créature, prolixe en ennuis là où les attention devait également se partager entre les quinze autres enfants de leurs maîtres, et même la mère d’Arnaud et de Guillaume ne parvenait à cacher son irritation devant le spectacle affligeant donné par son dernier né, à l’air béat plus qu’insupportable lorsqu’elle l’affligeait de maintes remontrances. Seul le futur cardinal, sans doute déjà animé du don si particulier que beaucoup lui prêtaient, à présent qu’il était entré dans les ordres, parvenait à obtenir du garçonnet une attitude apaisée, à jouer avec lui ou à calmer son ire.

La certitude que Guillaume était une bonne personne, de laquelle se soucier au lieu de la délaisser avec mépris, de le croire benêt ou fou, ou encore de tenter de lui forcer la main, n’avait pas suffi à venir à bout de la tare dont souffrait le malheureux. Peut-être qu’avec du temps, force d’attentions et de douceur… Mais d’autres avaient décidé que cela suffisait, et que le Malin, comme dans le cas d’Ailean, risquait fort d’être la cause de pareilles errances, indignes d’un fils d’aristocrate, et encore plus d’un neveu d’un homme aussi important que Bertrand de Got, promis selon toute vraisemblance à devenir le vicaire du Christ. Un prêtre exorciste fut donc mandé au château de Pellegrue… La suite de cette triste histoire ne vous est point inconnue. Il n’en restait cependant pas moins vrai qu’Arnaud attribuait la guérison inespérée de son cadet à Dieu, dont la miséricorde n’avait pu tomber sur le malade que grâce à la pratique d’un exorcisme. Qu’une semblable cérémonie amenât bien souvent à une violence à la fois physique et psychologique ne l’effleurait même pas, car le visage détendu de son frère était synonyme pour lui de sérénité enfin recouvrée, nullement d’épuisement après d’immondes sévices, au cœur duquel un visage amical devenait un bienfait inestimable. La bienveillance éprouvée par de Pellegrue envers l’exorcisme, qu’il séparait avec soin des tortures perpétrées par les chasseurs d’hérétiques, entendons-nous bien, l’aurait amené, si la demoiselle était venu quérir une recommandation auprès de lui, à l’encourager à réfléchir à un tel recours. Autant le cas d’Alix de Bretagne, par exemple, ne lui paraissait pas nécessiter un  recours aussi avancé, puisqu’il ne s’agissait vraisemblablement que de visitations de la part de sa défunte sœur, autant pour la jeune Ecossaise, la question demeurait ouverte, et Arnaud n’aurait pas été opposé à ce que l’on tente de lui rendre un quotidien normal en chassant les esprits tourmenteurs, au contraire. Se posait ainsi la question de la confiance, a fortiori donnée à tout individu défendant une Eglise, un mode de vie ou une philosophie : Guilhem, revenu de tout depuis les Croisades, aurait été en mesure de vertement décrier les méfaits des adorateurs du Christ, à cause desquels tant de crimes avaient été commis, d’injustices commises, de vies sacrifiées. Même armé des meilleures intentions du monde, un ami sûr pouvait malheureusement vous indiquer la direction d’un précipice, en lieu et place de l’éden vers lequel il désirait vous guider.

Heureusement, la médecine n’occupait pas le cœur des discussions entre l’archidiacre et l’étrangère, et même n’y apparaissait que rarement : traiter les symptômes semblait suffire pour l’heure, prouesse encore difficile à parachever quand la pauvre enfant, terrifiée, n’avait plus la présence rassurante de l’homme d’Eglise à laquelle se raccrocher. La situation de Lady Fraser, de plus, sans oublier la situation politique du Royaume de Robert Ier, constituaient des soucis d’importance, remettant à plus tard toute idée de cure. D’un signe de tête, Arnaud remercia son invitée :

-Cela est très aimable à elle. J’espère que la résidence où elle séjourne est agréable, malgré les circonstances l’ayant amenée à s’y trouver. Croyez-bien qu’elle peut être fière de vous : vos progrès sont indéniables, il n’est point à douter que bientôt, vous parviendrez à tempérer les voix qui vous tourmentent par la seule force de votre volonté.

Les conseils dispensés par le religieux y étaient pour beaucoup, acquis grâce à une expérience tragiquement acquise auprès de Guillaume, mais qui redorait légèrement son blason en se révélant d’un secours certain pour Ailean. Ne pas craindre ces murmures, et plus encore s’accrocher envers et contre tout à la tranquillité d’âme inspirée par la foi constituaient deux armes dont le Girondin souhaitait la doté, un travail de longue haleine et à l’issue heureuse, il n’en doutait pas une seconde. Si seulement son périple à Londres s’était conclu avec pareille note d’espoir…

-Oh, eh bien…

L’entrée en matière de sa réponse, précédée d’un bref sourire gêné ainsi que d’un mouvement d’épaule involontaire, traduisait à elle seule la déconvenue qu’avait essuyée le prêtre auprès d’Edward II, sans parler du trouble causé par l’impertinent au souverain à l’obligeant envoyé d’Avignon venu sauver son âme. Ce voyage avait certainement été la période la plus étrange de la vie d’Arnaud, de courte durée Dieu soit loué, de laquelle parler demeurait encore délicat, tant le cardinal ne savait trop en quel terrain il s’était aventuré, et quelle morale se voyait à tirer de semblable odyssée.

-Ce fut… Dépaysant, reprit de Pellegrue, visiblement en quête d’un discours à la fois honnête et diplomate. La Cour m’a parue très semblable à la nôtre, quoi que les baronets y tiennent une place centrale, à l’image d’une colonne vertébrale soutenant tout le pays. Le temps y semble perpétuellement gris et humide, bien moins clément qu’en Bretagne…

L’homme de Dieu n’ignorait pas que le cœur du sujet n’était point là. D’autres qu’Ailean, depuis son retour, s’étaient hasardé à quelques questions à peine déguisées, relatives au point auquel le souverain d’Angleterre se révélait perdu, voué aux Enfers, et ce avec une curiosité presque perverse. D’une droiture sans égale, l’émissaire du Sacré Collège reconnaissait sans honte ne pas avoir été à la hauteur de la tâche.

-Je crains malheureusement de ne pas avoir été à la hauteur de la tâche. Sa Majesté ne m’a pas renvoyé de sa demeure, ce qui représente déjà beaucoup, tout autant que d’avoir accepté quelques entretiens, mais je conserve la sensation de ne pas avoir atteint l’objectif qui était le mien, et que l’on m’a fait l’honneur de me confier. Nous nous sommes quittés en bons termes, grâce en soit rendue au Ciel, si bien qu’un espoir semble permis : peut-être aurais-je l’occasion de revenir auprès de lui prêcher le retour à une existence saine, inscrite dans les préceptes du Christ.

L’espérance faisait vivre, visiblement… L’innocent n’avait pas réalisé à quel point l’immoral souverain s’était joué de lui, y prenant un plaisir capricieux des moins louables. Ressasser son séjour à la Tour de Londres fit émerger dans sa mémoire un point lumineux, qui prestement se changea en idée :

-Sa Majesté la Reine Isabelle, pour sa part, fut d’une grande bienveillance à mon égard, nous allons même débuter une correspondance. Elle pourrait possiblement porter ma voix et celle de l'Eglise, moi qui suis malheureusement si loin du Roi.

Un bien maigre espoir reposait sur cette idée : la pauvre Isabelle subissait les excès de son époux depuis de longues années sans parvenir à faire passer à Edward son goût pour les favoris, quand bien même eût-elle réussi à lui donner un héritier. De guerre lasse, la Française paraissait avoir perdu toute illusion, et abandonner la lutte… Œuvrer d’un côté auprès d’Aliénor de Hexham, ancienne maîtresse royale, et réaffirmer son soutien à Isabelle permettrait avec beaucoup de chance et d’efforts à éventuellement faire que le souverain n’oublie pas complètement ni la visite ni l’existence du pieux visiteur ayant tenté l’impossible, en vue, potentiellement, d’une nouvelle traversée et d’une nouvelle tentative.

En tout cas, de Pellegrue espérait qu’Ailean ne se froisse pas de le voir si peu remonté contre ceux qu’elle-même haïssait avec application.








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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Mar 12 Juil - 11:38

I never had a friend like you

Arnaud de Pellegrue & Ailean Fraser


La jeune femme ignorait depuis toujours les sentiments de sa mère à son encontre, notamment en ce qui concerne  ses crises répétitives. Avait-elle peur, honte, ou prenait-elle cela comme un défit envoyé par Dieu ? Il s’agissait sans doute un mélange de tous ces éléments, car les deux parentes ne parlaient que très peu de ce sujet entre elle. Même si la naïveté d’Ailean était perceptible, elle n’était pas fine d’esprit pour autant. Si elles se trouvaient toutes les deux en Bretagne aujourd’hui, c’est bien à cause de la demoiselle. En effet, il était prévue qu’elle parte seule en terres françaises dans l'optique d’une possible guérison, mais également pour que ses parents ne soient pas débordés en s’occupant d’elle. Le “plan” avait néanmoins changé : Mary, ne souhaitant pas abandonné ainsi son enfant, avait décidé de l’accompagner loin des soucis politiques de l’Ecosse. Sa captivité l’avait beaucoup secouée et lui avait prendre conscience du danger que les affrontements pouvaient représenter. La cruauté d’Edward Ier d’Angleterre n’était pas inconnue, tout comme son envie de main mise sur son royaume voisin. Mort, il ne représentait plus une menace, tout son héritier désormais siégeant sur le trône.
Ailean échangeait beaucoup de lettres avec ses frères restés en Ecosse, notamment Dougal qui était au plus près de l’action, mais qui était également son parent le plus proche au niveau affectif. Plusieurs fois elle s’était réjouit d’apprendre les victoires de son oncle sur l’Angleterre, récupérant les terres qui leurs étaient dues et ravageant les propriétés de l’autre côté de la frontière. Aucunes de leurs lettres n’échappaient à une quelconque insulte ou moquerie envers le roi Anglais, qui possédait d'ors et déjà une réputation de souverain faible n’étant pas à craindre, contrairement à son père qui avait donné plus d’une sueur froide  aux nordistes.

Ce n’est pas l’envie de lâcher une remarque acerbe qui manqua à la rouquine lorsque le cardinal évoqua sa rencontre avec Edward II. Cependant, ce n’était ni le moment, ni le lieu pour de telles paroles. Un langage familier ne serait pas le bien venu et ce d’autant plus venant des lèvres d’une jeune femme et en présence d’un membre de l’Eglise. Qui plus est, elle n’était pas venue ici pour se laisser emporter par ses sentiments haineux envers ses ennemis de toujours.

-Il est dans la nature anglaise de n’en faire qu’à sa tête, j’imagine, dit-elle malgré tout à demi voix.

Son aigreur attendra, bien qu’une lueur malsaine pouvait très clairement se lire dans ses yeux. Ailean n’était pas du genre à cacher ses émotions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, mais ce n’est pas pour autant qu’elle ne savait pas s’adapter à la situation. Arnaud n’avait pas à entendre ce qu’elle pensait à l’instant même, aussi préféra-t-elle garder son sourire tout en écoutant le récit de son ami, les histoires de politique n’ayant pas leur place ici, ou du moins celles concernant la jeune femme.

-Vous n’avez pas à vous blâmer d’un supposé échec. Il faut parfois plusieurs tentatives à l’homme pour arriver à un but qu’il s’est fixé.

Comme pour montrer sa bienveillance, l’écossaise posa quelques secondes sa main sur celle du cardinal. Un geste peut-être trop osé, mais elle ne voyait en ce dernier qu’un acte de réconfort et de gentillesse. Faibles comme puissants, nous échouons tous dans quelque chose à un moment donné, sans que cela fasse de nous une personne à jeter dans les oubliettes. D’autres personnes se délectaient sans doute de son échec, mais elle ne doutait point de la compréhension de ses supérieurs hiérarchiques, qui importait plus que l’avis de quelconques envieux.

-Tout comme moi la Reine semble avoir découvert la sympathie qui émane de vous, dit-elle, un léger rire la secouant. Le roi d’Angleterre ne semble pas vous être hostile, une nouvelle rencontre ne pourra en être que bénéfique.

Ailean ne connaissait rien de l’Angleterre, mis à part tout ce qu’on lui avait raconté de négatif à ce sujet et ce qu’elle avait pu piocher ici et là dans les conversations. Elle avait encore beaucoup de choses à découvrir, c’est pourquoi le récit d’Arnaud avait quelque chose de passionnant à ses yeux.

-Je me demande tout de même pourquoi cette charge vous a été confiée. Vous êtes proche du roi Louis, vous siégez même à sa Cour, et l’on vous envoie de l’autre côté de la Manche… N’y a-t-il point d’homme de confiance pouvant assurer cette mission en Angleterre ?

Peut-être que l’homme d’Eglise allait rire à sa question bien naïve, mais qui semblait belle et bien légitime pour la jeune femme.

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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Ven 22 Juil - 18:15



La reddition pour seule défaite
Tu n’as cessé d’essayer ? Tu n’as cessé d’échouer ?
Aucune importance ! Réessaie, échoue encore, échoue mieux.




La situation écossaise, Arnaud l’avouait sans rougir quoi qu’avec un peu de gêne, n’était point familière au prélat. Il s’agissait d’un des nombreux conflits régionaux secouant nombre de contrées du continent, comme en connaissait l’Artois, ou encore le Hainaut, où Guillaume d’Avesnes menait de longue haleine une lutte envenimée contre les Dampierre. Les conflits familiaux débouchaient bien trop souvent sur de semblables batailles rangées, lorsque la division d’un héritage ne satisfaisait pas toutes les parties en présence, et que les ressorts politiques ne permettaient pas d’user de l’amitié d’un souverain afin de trancher la question ; ainsi, les rancœurs s’enracinaient, au point d’encore empoisonner la vie de certains fiefs. L’Ecosse, elle, en tant que Royaume, n’avait nulle autorité supérieure à laquelle se référer, dans l’espoir d’un jugement juste : la guerre paraissait ne constituer que le seul recours face aux Anglais, jusque ce que l’un des deux géants, par la force des choses ou par lassitude, finisse par ployer l’échine. Peu friand de politique, de complots enténébrés et encore moins de bains de sang justifiés par la soif de pouvoir des hommes, de Pellegrue n’allait pas de lui-même au devant des nouvelles émanant de ces oppositions hargneuses d’ampleur, qui pourtant devait vraisemblablement animer les chuchotis échangés à la Cour dès qu’elles arrivaient à Paris, et ce régulièrement. Si personne ne venait le trouver pour discuter éventuellement entre autres sujets ou motif à chercher du réconfort spirituel de ces violents soubresauts, le religieux ne cherchait pas à se tenir au fait des dernières évolutions des différentes positions des belligérants, aussi bien géographiques que diplomatiques. De nature posée, non violent, pacifiste, sans la moindre prédisposition pour les arts guerriers de quelque sorte que ce fût, et préférant de loin la pédagogie aux punitions aussi exemplaires que sanglantes, le prêtre s’était confectionné au fil du temps un magnifique petit monde en vase clos, au final peu poreux et presque étanche aux horreurs du quotidien, dont de toute façon l’aspect abominable ne parvenait à le toucher, protégé comme il était par la certitude que tout était voulu par Dieu, et que tout était bien. Il s’agissait là sans nul doute du plus grand défaut d’Arnaud, loin d’être aussi idéal que ce que se figuraient ses contemporains, difficilement décelable quand on ne le connaissait pas à la perfection, mais qui, malgré tout, le coupait des réalités autant que de ses semblables, en une existence parallèle vouée à l’amour d’une utopie.

De ce fait, et bien qu’il gardât un certain sens critique malgré tout, le Girondin considéra avec attention la remarque d’Ailean, au sujet du tempérament anglais, puisqu’à l’évidence, la demoiselle nourrissait un avis plus fiable que le sien, lui qui n’avait qu’à peine côtoyé ce peuple, vraisemblablement encore moins que la belle Ecossaise. Nul obstacle ne se trouvait irrémédiablement infranchissable, le temps, la patience et la minutie parvenant à venir à bout de bien des résistances, dans des cas que beaucoup penseraient perdus d’avance, bien que parfois, plus d’une vie humaine fût nécessaire afin de toucher au but. Bien qu’animé par la tranquille certitude d’arriver tôt ou tard à ses fins, le prince de l’Eglise demeurait seul, désespérément seul face à l’ampleur de la tâche. D’aucuns se seraient déjà décontenancés face à l’étendue de ses charges, auxquelles s’ajoutaient les monceaux d’actes de charité et de participations à des œuvres de bienfaisance que l’aristocrate endossait de son propre chef, remarquez. Pour Edward II, la situation était légèrement différente, pour ne pas dire fondamentalement inconnue : il était question de rapports charnels entre hommes, alors que son cœur sortait d’un long coma sous la caresse d’une timide attirance pour son propre garde du corps, tout autant que d’un sacerdoce herculéen d’une taille d’apparence incommensurable capable de faire douter le pauvre émissaire d’Avignon. Aucune aide n’était à attendre de la part de ses pairs –ils l’avaient désignés seul comme défenseur de leur Eglise auprès du Roi pécheur, pourquoi se seraient-ils sentis obligés de lui prêter main forte ?-, pas plus que des courtisans londoniens ou de la majorité des proches du souverain, depuis longtemps rendus à l’évidence qu’aucun miracle ne viendraient les sauver de l’affligeant spectacle donné par Edward et ses mignons. Même la Reine Isabelle, malheureuse prisonnière de sa tour d’ivoire, n’avait pu que cacher d’une bienveillance polie la déception qu’avait suscitée chez elle l’hermétisme de son mari aux prêches d’Arnaud –ou plutôt l’absence de résultats probants obtenue par ce dernier, point de vue qui semblait être adopté par tous afin de considérer le voyage du religieux outre-manche. En temps ordinaire, prendre son mal en patience et préparer dans les moindres détails sa prochaine tentative aurait été la ligne de conduite que le brave homme aurait adoptée ; avec l’approche imminente du Conclave, le temps lui devenait compté, d’une part car maints préparatifs requerrait la moindre once de son énergie, autant pour préparer les positions françaises que pour les défendre tout en expliquant et réexpliquant encore pourquoi il ne se désirait pas lui-même candidater, d’autre part parce que pendant une période encor indéterminée, potentiellement longue, il se trouverait proprement enfermé avec le Sacré Collège lors des délibérations. Préparer le terrain auprès d’Edward pour ensuite se retrouver piégé derrière un mur de briques ne serait d’aucune utilité.

Le geste d’Ailean le surprit quelque peu, bien qu’il ne le montrât pas, alors que la jeune femme se permettait de lui témoigner chastement son soutien, du bout des doigts. Après avoir suivi des yeux la main de la belle par réflexe, de Pellegrue releva le nez, arborant un sourire reconnaissant. Dire que Guilhem doutait de l’attachement des gens envers sa personne, les accusant presque de se servir de lui en tant qu’homme de Dieu pour ensuite ne plus se soucier du mortel derrière la robe une fois leurs soucis résolus… le Girondin, en de pareils moments, ne parvenait à croire en une telle théorie : l’ingénu ne parvenait à faire la différence entre ses véritables amis, et les êtres en proie à l’intéressement le plus primaire, conscients ou non de l’injustice dont ils frappaient ainsi leur dévoué confident.
Mary Fraser autant que la dévouée Clémence n’avaient en tout cas rien à craindre d’une semblable familiarité, beaucoup trop osée aux yeux de certains puritains : pas une seconde Arnaud n’aurait mal interprété le geste de son interlocutrice, pour la simple et bonne raison qu’il aurait été incapable de reconnaître une tentative de séduction aussi modeste de la part de quiconque. Pourtant entré en religion en pleine adolescence, l’âge des premiers émois, il n’avait jamais éprouvé la moindre attirance pour les liens amoureux que pouvaient nouer un homme et une femme, platoniques ou passionnés, ni regretté à un seul instant d’avoir fait vœux de chasteté. Il aurait fallu quelque chose de fondamentalement hors du commun pour le pousser à aspirer à l’ivresse d’une romance… Rien de moins qu’un ancien Templier, sans nul doute.

-Je vous remercie de votre confiance, ma demoiselle. Je prie pour que finalement, Sa Majesté réalise toute la folie de son comportement, ainsi que le mal qu’il cause, autant à la loyauté de ses Barons qu’à l’image de son Royaume et à l’affection des siens, de sa fidèle épouse comme de son fils, le Prince Edward. Le Roi porte une grande affection à son héritier, si bien qu’au nom du respect que nourrira dans quelques années le Comte de Chester, il m’apparaît possible de le raisonner, de l’exhorter à demeurer la fierté de son fils, bien qu’une telle plaidoirie soit assurément périlleuse à mener.

De quel droit, en effet, un étranger se mêlait-il de la vie de famille d’une tête couronnée ? Certes, le Français empiétait déjà sur l’intimité du suzerain, et plus que légèrement, puisqu’il était venu lui parler de ses préférences sexuelles, mais une telle intrusion s’expliquait par les règles de morales ainsi que les préceptes de la Bible qu’Edward II enfreignait allégrement. Le fait que le fils de ce dernier pût avoir honte de son géniteur, fût blessé par les ragots circulant à la Cour à son sujet, en tant que fils de pédéraste, ou encore se montrât désireux de couper les ponts avec son paternel déviant outrepassait les libertés conférées par le titre de cardinal, ainsi que par la mission qu’on lui avait donnée. Ce serait donc à pas prudents, et avec retenue que de Pellegrue devrait avancer, s’il s’aventurait dans pareille direction.

L’interrogation soulevée par Ailean lui inspira un léger air dubitatif, aucunement parce que la question se trouvait stupide, mais bien parce qu’y apporter une réponse ne se révélait pas si aisé que cela.

-Pour être honnête avec vous, j’ignore exactement pourquoi mes confrères m’ont choisi. Il serait orgueilleux de tâcher de dresser la liste de mes qualités m’ayant rendu digne, à leurs yeux, de me porter au secours de l’âme de Sa Majesté ; j’imagine cependant qu’elles doivent être assez nombreuses pour que tout autre intermédiaire ait été écarté, au profit de mon humble personne. L’archevêque de Canterburry, que je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer lors de mon passage à Londres, m’a écrit à quelques reprises, en amont de ma visite : compte-tenu des attributions qui sont les siennes, il me paraît envisageable qu’il tînt ma fonction.

Plus il y réfléchissait, et plus le légat du Pape arborait un air imperceptiblement plus soucieux, presque peiné.

-Néanmoins, et cela me pèse de le reconnaître… Je crois que peu de personnes dans le Royaume imaginent une amélioration possible. Il s’agit peut-être d’une fausse impression, causée par la brièveté de mon séjour, ce que du moins j’espère… Car il serait terriblement affligeant que tous pensent le Roi inamendable. Aucune âme, sous réserve d’un repentir doublé d’une pénitence sincère, n’est définitivement vouée à l’Enfer, bien que le Purgatoire soit inévitable. Je crois sincèrement qu’Edward II d’Angleterre peut être sauvé, et j’espère sincèrement ne pas être le seul.

Même son optimisme littéralement ne parvenait cependant pas à le convaincre tout à fait du bienfondé d’une telle supposition.

Son caractère naturellement enjoué se chargea bien vite de dissiper l’ambiance maussade qui avait menacé, le temps d’une poignée de secondes, d’appesantir leur sympathique échange :

-Mais trêve de mouron, vous voir à Paris est un véritable plaisir, et votre temps est compté, alors autant en faire bon usage. Avez-vous des projets pour votre venue à la capitale ?

Il ne fallait pas y voir le désir de s’immiscer dans les activités de la demoiselle, seulement le désir innocent de s’entendre narrer le récit de modestes aventures dont il n’aurait vraisemblablement pas l’occasion de vivre lui-même, si occupé, si peu libre de ses mouvements, même en comparaison d’une demoiselle de la haute noblesse. À l’image d’un prisonnier suivant des yeux depuis le soupirail de sa cellule les passants libres de leurs mouvements, de Pellegrue se plaisait à contempler la vie en dehors de sa prison volontairement choisie.










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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Sam 23 Juil - 12:51

I never had a friend like you

Arnaud de Pellegrue & Ailean Fraser


Aussi loin qu’elle s’en souvienne, la jeune Fraser n’avait jamais imaginé une autre fin pour elle que celle menant droit aux Enfers. Fervente croyante et pratiquante, elle se savait néanmoins remplie de pêchers qu’il serait dur de nettoyer avant son passage devant le jugement de Dieu, malgré de nombreuses heures passées à prier pour son Salut. Son égoïsme et sa malice ne font pas d’elle un ange, mais au contraire un sbire du Mal tant elle serait prête à tout pour servir son propre intérêt, allant jusqu’à passer volontairement pour une folle. Il ne fallait pas se leurrer : à ainsi jouer de sa maladie pour éviter un mariage avec un français, il y avait de fortes chances pour que cela se retourne un jour ou l’autre contre elle. Beaucoup ont déjà crié au Démon, à la sorcellerie, sans que cela ne l’affecte particulièrement. Ailean n’aimait pas qu’on l’aborde dans le seul but de la séduire ou d’espérer une quelconque alliance avec sa famille, et il n’y avait rien de mieux pour éloigner les hyènes que de leur faire peur. Sa vie était toute tracée, depuis toutes ces années elle avait pour seul but de rentrer chez elle et non de finir sa vie ici, en France. Si pour accomplir cette destiné elle devait trahir, mentir et tricher, elle le ferait sans remord. L’écossaise se savait perdue, à moins qu’elle ne se décide à accepter de prendre époux et d’accomplir ses devoirs de femme, ou d’entrer dans un couvent et de vouer sa vie à Dieu, pour ainsi laver ses pêchers. Peu importe laquelle des deux voix elle choisirait, elle n’avait qu’une chance infime de franchir les portes menant au Paradis.

-Je prierais pour votre succès.

Si cette chance existait pour elle, il en était de même pour tout homme, ainsi que pour Edward II. La jeune femme aurait volontiers fait remarquer que toutes les âmes ne valent pas la peine d’être sauvées, car elles sont bien trop corrompus pour en faire quoi que ce soit, mais encore une fois cela serait fort déplacé de sa part. Remettre le roi d’Angleterre sur le droit chemin était la raison pour laquelle Arnaud s’était rendu de l’autre côté de la Manche et ce pourquoi elle venait de lui apporter son soutient. Gageons qu’en évoquant la situation de manière négative, elle n’aiderait en rien le cardinal dans sa quête. La chose semblait assez difficile à mettre en oeuvre, sans que l’animonisté d’Ailean ne vienne jouer sur son moral. La force de sa Foi était des plus admirables à ses yeux. Quand certains auraient déjà jetés l’éponge et auraient déclarés l’Anglais condamné, lui continuait de croire que tout était possible. Pourquoi aller briser cette force de caractère… ?

Frottant ses mains pour se réchauffer, elle se rendit compte que les quelques gouttes s’étaient transformés en tâches humides et voyantes sur le tissus de sa robe. Rien de bien dramatique, si seulement les courants d’air s’engouffrant dans la pièce ne venait pas apporter un peu de fraîcheur contre cette eau déjà froide. Heureusement, le feu commençait petit à petit à réchauffer la pièce, pour le plus grand bonheur de la demoiselle.

-Je comptais sur ce séjour pour profiter un peu de la vie Parisienne, bien plus agitée qu’en Bretagne à mon goût, répondit-elle. J’ai d’ailleurs été conviée à des festivités à la Cour, mais je ne sais pas encore si je m’y rendrais...Rien ne me met plus mal à l’aise que de tels rassemblements.

Il faut dire qu’Ailean restait une étrangère sur ces contrées et qu’elle ne souhaitait pas se donner en spectacle par un renouveau de ses crises risquant encore une fois d’alimenter les rumeurs à son sujets. Paris était pour elle un moyen de s’affranchir de la tutelle de sa mère et de respirer un peu, ce que ce genre d’événement lui permettait pas. Le hasard faisant les les choses, Dame Fraser trouvait toujours le moyen de lui présenter un potentiel prétendant, bien plus intéressé par sa dot qu’autre chose. N’étant pas là, sa fille pouvait espérer ne pas avoir à faire à ce genre d’individu.

Cette dernière se leva et se dirigea vers les quelques livres exposés dans la pièces et les observa le regard pétillant. Les livres avaient quelque chose de tout à fait passionnant lorsque l’on savait avec quelle minutie ils étaient créés. Ailean n’avaient eu que très peu d’occasion d’en posséder un entre ses mains, seule la Bible et un Livre d’Heures était disponible au manoir des Ancenis. En voyant ainsi les merveilleux ouvrages que possédait le cardinal, elle le considérait comme un homme chanceux, car elle savait que jamais elle ne pourrait se permettre de tels achats.

-J’ai prévu de faire l’acquisition d’un manuscrit, la lecture du français est encore quelque chose de compliqué pour moi. J’imagine que cela m’aidera à comprendre toutes les subtilités de votre langue… Je reste néanmoins toujours aussi impressionnée de voir que vous en possédez autant.

C’est grâce aux lettres, notamment celles d’Arnaud, que la rouquine s’entraînait à cet exercice encore périlleux pour elle. Maîtrisant parfaitement la langue française à l’oral, la jeune femme avait néanmoins beaucoup plus de mal à la lire et à l’écrire, car continuant en parrallèle ses échanges dans sa langue maternelle avec ses frères restés en Écosse.

-Si je ne savais pas vos journées si remplies, je vous envierez presque…

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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Mar 6 Sep - 14:45



Home is behind, the world ahead
On ne peut découvrir de nouvelles terres sans consentir
à perdre de vue le rivage pendant une longue période.




Si on le lui avait assuré, Arnaud aurait eu du mal à croire que tant de personnes croiraient en lui, et lui souhaiteraient de continuer à réussir comme il l’avait fait jusque-là. Non pas qu’il ait été d’un naturel à douter de ce qu’on lui disait –à tel point que même la plus rudimentaire des méfiances lui manquait, en un lieu aussi dangereux que la Cour-, mais peut-être que le regard d’autrui, de ses frères et sœurs ainsi que de ses parents dans sa jeunesse, avait laissé des marques plus profondes qu’il n’y paraissait.

L’homme d’Eglise ne se sentait tout simplement pas hors du commun. Il voulait bien reconnaître que tous ne se pliaient pas à une discipline aussi sévère que la sienne, et avec autant d’enthousiasme, mais enfin, d’autres croyants se dévouaient bien plus encore à leur noble religion que lui, au premier rang desquels les moines les plus retirés du monde, plus proches des ermites que des prêtres, et dont la foi surpassait de loin l’amour tendre qu’éprouvait le Girondin pour le Très Haut. N’importe quel bon chrétien aurait mené une vie tout aussi vertueuse que la sienne : respecter les principes de bonne morale édictés dans les textes constituait une normalité d’une banalité presque affligeante. Il s’agissait des premières leçons que l’on inculquait aux enfants, riches comme pauvres, ainsi que les prérequis élémentaires pour s’assurer d’une vie droite, vous assurant sans doute possible d’une éternité à l’abri de tout besoin, au Paradis. Ne pas tromper son époux, ne pas voler ou prier matin et soir, autant d’impératifs qui ne demandaient ni beaucoup de temps, ni dépenses pharamineuses, ni même éducation pour être respectés. N’importe qui avait ses chances d’obtenir une place auprès des anges, et c’était ce qu’il y avait de plus beau dans tout cela, ce qui ravissait de Pellegrue au-delà de toute expression : Dieu aimait tous Ses enfants sans distinction, leur offrant sans réserve ni ordre de préférence tout son amour, ainsi que la plus belle des récompenses, en remerciement de leur foi inconditionnelle, de leur obéissance. Et ce même pour les êtres transparents dont personne ne faisait cas, comme lui, même pour les cœurs tourmentés et épris de liberté, à l’image d’Ailean, même pour celles et ceux perdant leur chemin, à l’instar de Guilhem de Villaret. Au nom de quoi refuser une telle aubaine, qui de surcroît s’obtenait au fil d’une existence saine, particulièrement gratifiante et paisible ? Arnaud n’avait pas encore découvert à quel point cette question pouvait se connaître d’innombrables réponses, tellement éloignées de la définition du péché telle qu’il se la figurait, presque caricaturale. Le bonheur ne se trouvait pas qu’aux pieds du Très Haut… Mais aussi dans les bras d’un être aimé, une réalité que la jeune femme semblait mieux connaître que lui, quoi qu’intuitivement, elle qui rechignait à se marier par raison.
Ce n’était cependant pas pour lui qu’il fallait prier, car sa réussite serait dédiée à la gloire du Seigneur, mais bien pour les mortels se refusant à vivre dans l’amour du Christ. L’émissaire du Bien n’avait pas besoin d’aide, car il avait déjà le soutien des Cieux ; seuls les écrans de fumée, voilant les yeux des incroyants, se révélaient matière à appeler de ses vœux une intervention divine, afin d’être dissipés. À moins que ce ne fût effectivement pour le prêtre qu’il ait été nécessaire d’interpeler le Seigneur, non pas pour sa noble croisade auprès d’Edward II, mais bien pour enfin lui ouvrir les yeux sur les diverses formes prises par la félicité.

-Dieu vous bénisse pour votre bonté, mon enfant. Je ne saurai que trop vous enjoindre à ménager vos efforts pour moi, et plutôt à les tourner vers le Prince Edward, Comte de Chester. Je ne puis qu’aspirer à ce que cet enfant apprenne des errances de son père, conclues par une fin heureuse, du moins je l’espère.

Comme toujours, l’humilité du religieux constituait une muraille imprenable contre les compliments et autres attentions que l’on voulait bien lui témoigner. Allons, dans son monde idéalisée par de si fortes croyances, il n’avait besoin de rien, vraiment : son labeur suffisait à combler son cœur de contentement, là où tant d’autres personnes dans le besoin, autant matériellement que spirituellement, méritaient bien plus que lui qu’on se préoccupât d’elle. Quelle tristesse, de voir un brave homme ainsi accepter sans heurt le fait d’être laissé pour compte, seul avec lui-même et son culte ! Quel pari fou que celui pris par le Destin, de tenter de bouleverser cet illogisme en le faisant tomber amoureux, en ignorant quelles conséquences en résulteraient.

Voir Ailean en prise avec un léger frisson de froid faillit lui tirer une demande à la fois prévenante et inquiète, portant sur la santé de son invitée, qui malgré son souhait assumé de ne pas se changer avait peut-être changé d’avis. Le Girondin se retint pourtant, n’en faisant rien : comme avec toutes les âmes qu’il lui avait été donné de rencontrer, il ne parvenait à ne pas se montrer paternel, ce qui ne s’avérait pas toujours approprié. La demoiselle était son amie, de cela il était fier, mais là prenaient fin ses prérogatives, alors que Clémence, déjà, octroyait à la future Lady une présence maternalisante apparemment parfois lourde à porter. L’Ecossaise, malgré son âge, était d’ores et déjà une femme forte, Arnaud le pressentait, et à ce titre, il désirait faire des efforts pour mieux ne pas l’étouffer.

L’annonce de prochaines sorties officielles fut saluée par un hochement de tête approbateur :

-Voilà une excellente chose. Si une présence amie à vos côtés serait en mesure de vous rassurer, je vous accompagnerai avec plaisir, même si une belle jeune personne comme vous, si agréable et à l’esprit si bien tourné, ne manquera pas de s’y épanouir. C’est l’occasion de rencontrer d’autres gens aimables avec qui lier conversation. Le premier pas est le plus difficile à faire, mais vous vous accoutumerez avec le temps, et prendrez vos marques. Vous gagnez à être connue, n’éprouvez pas de réticences à l’idée de vous mettre en valeur.


Le discours d’Arnaud devait différer quelque peu de celui de la mère de l’adolescente, celui-ci n’évoquant que le temps plaisant à passer auprès des autres hôtes conviés aux festivités, et non les possibles tourtereaux desquels chercher à gagner les faveurs. Sa servante jouant le rôle de chaperon, de Pellegrue pouvait donc entièrement se dévouer à distraire la solitaire Ailean, et à la présenter à ses multiples connaissance, pour mieux la mettre en valeur. Parfois, un simple petit coup de pouce permettait de faire éclore le plus timide bouton de rose, en une fleur éclatante de panache.

Ceci mis à part, l’homme de Dieu croyait deviner pourquoi si peu d’engouement l’animait à l’idée de se retrouver plongée au cœur d’une foule tout de même conséquente, riche en bruits, odeurs, mouvements et couleurs chatoyantes. D’un ton plus modéré, l’aristocrate tâcha de tempérer les craintes qu’il pensait deviner chez elle, et qu’il était peut-être le seul à percevoir avec un semblant de clarté :

-Ayez confiance en vous. Vous souvenez-vous de ce que je vous ai enseigné, afin de juguler votre panique, lorsque vous la sentez gonfler en vous… ? Vous êtes capable de l’apprivoiser. Fiez-vous à la force qui est la vôtre.

Dans un discret froissement de vêtement, inévitable lorsqu’il portait sa robe de cardinal, le prélat rejoignit son interlocutrice près de sa bibliothèque. Certes, en comparaison des collections modernes, elle paraissait bien chétive, mais compte-tenu de la rareté des volumes à l’époque, un véritable petit trésor dormait paisiblement dans les appartements du prêtre. Ce dernier contempla les reliures à la manière d’un sage dressant le bilan de ses réflexions.

-Je ne connais de meilleure occupation que celle de prendre soins des autres agneaux du Seigneur. Contre mon temps et mon application, qui sont bien peu de choses, tant de cœurs parviennent à retrouver la joie, et me rendent par leur foi restaurée au centuple ce que j’ai bien pu leur apporter.

Le plus beau métier du monde, en vérité… Et qui valait, selon Arnaud, de demeurer célibataire et chaste jusqu’à son dernier soupir. Il n’existait de prison plus inviolable que celle pleinement acceptée -voire même créée- par son prisonnier, jouant par là-même le rôle de son propre geôlier.

Du bout des doigts, le cardinal tira d’entre les volumes soigneusement rangés un petit livre dont l’usure témoignait des heures qui avaient été visiblement passée à le parcourir. Celui-ci fut tendu à Ailean, avec un sourire confiant :

-Tenez, prenez-le. Il s’agit d’un exemplaire du Livre des Proverbes, m’ayant été offert par mon oncle, le Pape Clément V ; qu’il repose en paix. C’est le premier opus des Livres poétiques qu’il m’ait été donné de lire… Le premier texte saint que j’ai parcouru après avoir réalisé que je souhaitais entrer dans les ordres. J’aimerais que vous le gardiez, et qu’au-delà du latin, proche de notre français, et qui vous aidera à en maîtriser les subtilités, que vous laissiez ces mots trouver un écho en vous. Je ne connais de plus beau texte. Il me serait confortant de le savoir en votre possession.










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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Ven 28 Oct - 12:13

I never had a friend like you

Arnaud de Pellegrue & Ailean Fraser


Même si le froid la grignotait, que le vent glissant à travers les pierres lui donnait des frissons et que  ses vêtements par endroit trempés lui collaient à la peau, Ailean ne demanderait pas à pouvoir se changer. Si elle avait refusé un peu plus tôt, ce n'était pas pour revenir sur sa décision, notamment par fierté. La jeune femme se défendait sans cesse de ne pas avoir le même comportement que les autres Fraser, se disant moins têtue, moins imbue d'elle-même. Mais force est de constater qu'il lui était impossible de reconnaître ses tords, même en présence d'un ami. Elle ne voulait pas être gênée et passer pour une imbécile, et encore moins de croiser Clémence par inadvertance. Cette dernière risquerait d'être source d'une forte mauvaise humeur mettant à mal la conversation entre sa maîtresse et le cardinal. En comparant les différentes options, il ne fut guère très difficile pour Ailean de préférer rester dans sa robe, près du feu grignotant le bois dans bruit de craquement très agréable, car rappelant les froides nuit d'hiver. Loin d'être complètement frigorifiée, elle pouvait sentir cette faible chaleur réchauffer petit à petit son corps pour un court instant, jusqu'à ce qu'elle remette le pied hors du palais.

L'écossaise afficha une moue irritée, mais non moins discrète. Elle était elle-même une exception confirmant le dicton selon lequel le père ou la mère ressemble à son fils ou à sa fille. Pourtant, elle ne pouvait s'imaginer prier pour le jeune prince d'Angleterre, par principe et par conviction. Edward Ier avait amené cette guerre civile et prit en otage sa mère, Edward II continuait à se battre contre sa nation d'origine... Qui pouvait savoir ce que réservait l'héritier de la couronne d'Angleterre ? Malgré les nouvelles positives en provenance des Highlands, Ailean ne pouvait pas se montrer confiante quant à l'issue de cette guerre semblant sans fin. En sûreté dans le royaume de France et surtout éloignée de tout conflit, elle n'avait aucune arme entre les mains pour faire changer les choses. Tout ce qu'elle pouvait faire était attendre et espérer un retour qui semble de plus en plus éloignés au fil des jours passés en France. Son seul lot de consolation était ses proches, lui apportant un peu de baume au cœur. Oh, elle n'était pas du genre à se plaindre, ni même à pleurer sur son sort. Son séjour en Bretagne, bien qu'allongé de plusieurs années, est fort agréable et elle serait particulièrement triste de devoir quitter ce pays l'ayant accueillit à bras ouvert. Son manque de confiance et ses peurs constantes restaient un frein à son émancipation.

Un faible sourire se dessina sur le visage de la jeune femme, comme apaisée. Arnaud savait trouver les mots justes pour lui redonner du courage et lui donner l'impression qu'elle pouvait être importante... Des mots qu'elle aimerait entendre de la part de sa mère, bien plus occupée à lui construire son avenir qu'à lui faire apprécier le présent. Le cardinal était le calme incarné, le parfait opposé du monde combatif dans lequel elle avait grandi. Et ça fait du bien.
Délicatement, elle prit le livre entre ses doigts sans le coller contre ses vêtements encore un peu humides. Elle en déchiffra le titre et fut presque gênée d'un tel présent de la part du cardinal.

-Je vous en suis très reconnaissante. Soyez-sûr qu'il me tarde d'en dévorer les pages.

Ailean lui adressa un nouveau sourire et le posa sur le banc d'où elle venait, pour ainsi ne pas l'abîmer d'avantage. Elle prit soudain un air plus sérieux et se retourna pour faire face à son ami, sans savoir si cela était vraiment bon d'engager une telle conservation.

-Vous me croyiez folle, n'est-ce pas ? Demanda-t-elle le plus sérieusement du monde. D'ainsi fuir le monde pour des peurs que je ne contrôle pas et que tout le monde craint. Un peu... Un peu comme un démon. Du moins, c'est ce que beaucoup pense derrière leurs grands sourires et leur air ébahi. L'étrangère... La sorcière...

Ailean soupira, lasse. Les moqueries, les commérages sur elle et ses crises de panique, elle avait entendues plus qu'une. Avec le temps, elle avait apprise à les supporter, mais elle savait que cela pouvait gêner ses proches et les personnes avec qui elle entamait une conversation. Et cette boule au ventre, toujours présente lorsqu'elle était en public... Pourquoi le Tout Puissant lui avait donné cette « malédiction » ? Pourquoi ne pas avoir choisie quelqu'un d'autres ? La rouquine n'était peut-être pas la plus fervente et pratiquante des catholiques, mais elle n'avait pas commis de fautes graves jusqu'à maintenant qui mérite une telle torture mentale !

-Pensez-vous que je sois... Perdue ? Condamnée ?

Pour être sincère, l'écossaise craignait les réponses à ses questions. Pourtant, elle ressentait le besoin de les poser au religieux et qu'il lui réponde le plus sincèrement possible, sans prendre de pincettes.

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MessageSujet: Re: I never had a friend like you || Ailean & Arnaud Mar 29 Nov - 18:50



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Les livres avaient toujours représentés un refuge pour Arnaud, et même plus : de véritables amis inanimés, quoi que bel et bien présents pour lui. Comment aurait-il pu en être autrement, pourriez-vous penser avec un réalisme à toute épreuve, ceint de compassion ou de cynisme selon votre nature profonde : ses parents paraissaient l’avoir complètement oublié, avant-dernier de leurs enfants noyé dans une fratrie bien trop nombreuse pour distribuer une attention équivalente à tous les membres de cette marmaille ; quant à ses frères et sœurs, on avait rarement vu plus complète indifférence envers partageant le même nom et le même sang. Oh, il avait bien eu, pour tromper toute solitude, la compagnie de son frère cadet, Guillaume, duquel prendre soin nécessitait à la fois une patience infinie et des journées lui étant entièrement dédiées, mais ce dernier, l’esprit embrumé par le mal étrange qu’il  abritait en lui, n’était malheureusement pas d’un réconfort chaleureux, malheureux petit être prenant plus qu’il ne donnait à un aîné pourtant très heureux de pouvoir veiller sur lui à loisir. Quant à sa chère Margot, elle avait constitué, comme elle constituait toujours, un véritable pilier, une bouffée d’air frais malheureusement bien éloignée, du temps de leur jeunesse, la demeure des de Madaillan se trouvait tout de même à plusieurs heures en voiture, rendant impossibles des visites journalières. Le temps s’grenait donc comme il pouvait, et le plaisir innocent qu’avait trouvait le jeune homme s’était résumé à des milliers de lignes couchées noires sur blanc. Avec l’avènement subit de sa vocation, l’appétit du Girondin pour la lecture n’avait été que décuplée : ce besoin aigu de s’enivrer de saintes paroles retranscrites via maintes paraboles enluminées, s’était cependant heurté au coût de tels trésors, en son adolescence encore plus stratosphérique qu’à présent. Loin de céder à la lassitude, il s’était employé à parcourir encore et encore les mêmes phrases, sans que son entrée au séminaire ne le fît passer cette dévote habitude de revenir sempiternellement aux mêmes reliés qu’il appréciait tout particulièrement, là où d’autres auraient eu l’impérieuse envie d’élargir leurs horizons, ou encore d’échapper à la pensée unique. Le recueil offert par le cardinal à sa jeune amie faisait partie de ces textes qu’il trouvait profondément inspirants, et capables de se parer de significations aussi particulières que différentes aux différents âges de la vie. Se ré-immerger dans certains passages aidaient bien souvent à relativiser les contrariétés quotidiennes, ainsi que le découragement qui parfois parvenait à prendre le pas sur l’enjouement, tout en vous apportant la paix intérieure nécessaire à la définition d’une solution pérenne.

De Pellegrue savait le cœur de la jeune Ecossaise régulièrement pris d’assaut par les affres de la préoccupation, d’où son souhait de faire sien cet exemplaire du Livre des Proverbes, intimement convaincu que ce compagnon de papier saurait l’aider dans la quête qu’il s’était donnée, de faire naître toute la confiance en elle-même que méritait la demoiselle. L’opuscule, cependant, avait bien failli se connaitre un autre propriétaire, et le cardinal ne résista pas à l’envie de lui faire part de cette modeste anecdote, pourtant chère à son cœur :

-Je vous en prie, ce n’est que peu de choses. Et aucun doute ne subsiste quant au bon usage que vous ferez de ceci ; mon seul souhait est que vous y trouviez ce que vous cherchez.

Un léger rire, aussi discret que bref, anima sa silhouette empourprée d’un élan de vie que d’aucun aurait eu du mal à imaginer chez un religieux, alors que son regard pétillait, embelli par les souvenirs défilant en sa mémoire.

-Pour tout vous avouer, j’avais souhaité en faire cadeau à Guilhem de Villaret, que vous connaissez, si je ne m’abuse. Il finit ce matin-là par saisir l’ouvrage après maints bougonnements, tout en marmonnant je ne sais quel discours incompréhensible. Deux jours plus tard, le livre avait mystérieusement retrouvé sa place sur l’étagère…

Arnaud n’en parlait pas avec mesquinerie, ou la moindre once de reproche : là où un autre aurait pu éprouver de la vexation, à ainsi voir son cadeau si peu estimé malgré sa valeur monétaire et spirituelle, l’archidiacre ne témoignait que d’une infinie patience envers son garde du corps, confinant à la tendresse dont nous n’ignorions plus vraiment la nature intrinsèque. Après tout, le chevalier aurait pu ne pas avoir le tact de reposer le manuscrit une fois son maître sorti, dénué du désir que son ami ne remarque pas la supercherie. L’artifice déployé par l’ancien Templier, loin de porter le sceau de la rouerie pour l’énamouré prêt à tout pardonné, se parait des accents de la discrète noblesse d’âme, certes mêlée d’un soupçon de mauvaise volonté, mais rien de dramatique, pas même comparable à de l’ingratitude blessante. Sous un certain angle, le Gévaudanais se révélait être un cas autrement plus désespéré que celui de la belle Ailean, et compte-tenu de la tranquille assurance avec laquelle de Pellegrue prenait soin de son cher protecteur, impossible que la situation de la jeune femme parvienne à l’alarmer.

Yeux dans les yeux, avec la même plénitude confiante qu’avec celle avec laquelle il avait assuré à Guilhem que Dieu n’avait rien contre lui, Arnaud délivra le fond de sa pensée à la malheureuse :

-Nullement, ma fille. Croyez-vous que vous pourriez passer le pas d’une église, ou toucher les Saintes Ecritures couchées sur le papier que je viens de vous confier, si votre âme avait été corrompue par le démon ?

Répondre à des questions par d’autres questions, science éculée destinée à faire réfléchir autrui plutôt que de lui fournir directement de quoi rassasier un temps ses angoisses… À moins que ce n’eût été que l’aveu inconscient d’une impuissance flagrante. De Villaret et lui en débâtaient encore, et avec passion, quand bien même le sujet eût-il déjà maintes et maintes fois été abordé entre eux tant les théories se heurtaient avec violence à ce sujet ; la réponse qu’aurait pu lui donner Guilhem, s’il s’était tenu à la place de son adoré, aurait sans doute été bien différente, et autrement plus cynique.

Un doux sourire se peignit sur son visage, bienveillant, angélique en un sens.

-Il n’existe aucun mal duquel la prière et la foi ne puissent venir à bout, et vous vous tenez sur la bonne voie, je vous l’affirme en toute honnêteté. S’en remettre à Dieu, ainsi qu’à la Force qu’Il confère à chacun de Ses enfants, aussi ardu cela soit-il en période de confusion et de peine, incarne le meilleur des baumes, que je n’ai jamais vu échouer. Mon propre frère cadet fut sauvé grâce à la bonté de notre Seigneur, j’en ai été le témoin, et je continuerai à promouvoir cette si belle médecine jusqu’à mon dernier souffle, avec la plus grande des convictions. Quant aux courtisans et à leurs asques insincères, rappelez-vous seulement ceci : seul le Tout-Puissant S'avère en mesure de nous juger. Demeurez indifférente à leurs errances, car vous connaissez l’unique vérité, et vous pliez avec droiture aux volontés de notre Sauveur.

Tous ces mots bien-pensants, ces mots tant de fois répétés, si usés et si vieux, dans une bouche si jeune… Comme une litanie sans fin, animée d’une existence propre et n’ayant besoin que d’un hôte pour être répétée inlassablement, débitée avec les meilleurs sentiments par une coquille vide aux allures de marionnette. Peut-être qu’après un certain temps d’exposition à cette doctrine si populaire qu’était le catholicisme, l’on parvenait à trouver du réconfort en de tels messages devenus mantras profonds ?

Avec une gentille malice, Arnaud donna l’estocade :

-D’autre part, vous ne parviendrez pas à me faire croire qu’en Bretagne comme à Paris, toutes vos rencontres n’ont abouti qu’à de déplaisantes déconvenues… N’est-ce pas ?

Oublions un instant que le cardinal ne croyait certes pas à une existence dénuée de tout ami ou joyeuse rencontre concernant Ailean, mais accordait un immense crédit à toutes les épopées autrement moins crédibles relatées dans les Testaments, Ancien et Nouveau ; mettons de côté ce paradoxe pour le moins atterrant pour nous préoccuper de logique, pur et simple. Bien évidemment, l’Ecossaise se connaissait des êtres chers en France, au moins un que le prélat pouvait citer avec une absolue certitude –lui-même. De ce fait, sa théorie se trouvait validée par l’exemple, et amenait à la conclusion suivante, irrévocable car justifiée grâce à des faits : une nuée d’expériences pénibles s’estompaient, gommées par la chaleur d’amitiés sincères, de belles rencontres parvenant à vous faire brièvement croire à nouveau en l’avenir.

Heureux les optimistes, et ceux ayant toujours réponse à tout…










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