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 mirages | Iseult

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Le loup

Le secret dévoilé
Votre clan: La Foi catholique par dessus tout
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Arnaud de Pellegrue
♔ Messages : 364
♔ Date d'inscription : 20/06/2015
♔ Pseudo : Marie
♔ Age : 23
♔ Camp : Celui du Saint-Siège, son âme appartient au Tout Puissant
♔ Avatar : James McAvoy

MessageSujet: mirages | Iseult Lun 30 Jan - 12:19


Arnaud & Iseult
« Le passé est un fantôme, le futur un rêve,
tout ce que nous aurons jamais est maintenant. »
-  Bill Cosby





Les pains se transmettaient de la main à la main, sans cérémonial, sans autre forme de procès que celle de la simple générosité, au-delà de toutes les apparences qui auraient pu dérouter les observateurs négligents.

Malgré la douceur des sourires, parfois timides sur les visages burinés, vieillis avant l’heure ou baigné d’espoir touchant des habitants du hameau, et ceux toujours chaleureux d’Arnaud, le rouge de l’habit cardinalice tranchait avec violence avec les couleurs pourtant vives que le début de l’été avait conféré à la campagne alentour, rendues par endroit légèrement pastel à cause de la chaleur. Une croix, certes de bois, qui sertissait le torse du prélat n’aidait pas non plus à dissiper l’image guindée et imposant le respect que les plus pauvres associaient à un homme d’Eglise, a fortiori lorsque ce dernier se trouvait si haut placé, et donc plus proche des Cieux que ceux croisés à l’ordinaire, dans leurs humbles paroisses. Ce n’était pas seulement un aristocrate proche de la Couronne qui venait leur rendre visite, mais Dieu en personne, ou quasi, une impression instinctive que le matériau utilisé pour façonner la croix pectorale d’Arnaud n’eût rien à voir avec l’or des autres parures arborées par le cardinal en des circonstances plus élitistes.

La présence de gardes, toute une petite escouade pour être précis, ajoutait à l’aspect pesant : mains reposant pour beaucoup sur le pommeau de leur épée, mâchoires serrées et regards balayant la foule, ils imposaient le calme à des miséreux pourtant loin de se montrer belliqueux, ou seulement plus vaillants que des enfants intimidés. L’un des éminents personnages qui sous peu auraient à élire le prochain grand protecteur du catholicisme, et même hypothétiquement le futur Pape, ne devait en aucun cas voir ses jours être menacés alors qu’il se trouvait sous leur garde, alors qu’en cette période particulièrement éprouvante ayant suivi la mort du Roi, les pourparlers à Avignon devaient redonner un peu de baume au cœur à tous les bons croyants, et donc se dérouler dans la meilleure des atmosphères… Sans compter que rien, dans l’attitude du garde du corps attitré de de Pellegrue, ne leur donnait envie de faillir ; la moindre égratignure, ou la plus insignifiante des expressions de déplaisir susceptible d’être affichée par le religieux semblaient aptes à leur valoir une remontrance aussi cinglante qu’une averse de grêle hivernale, glacée même en plein mois de juin.

Heureusement que c’était d’Arnaud qu’il était question, sans quoi la pesanteur invisible installée par un tel comité, presque incongru si loin du palais et des cercles luxueux au sein desquels nous nous serions attendus à les trouver. Vous e saviez déjà aussi bien que nous, le Girondin ne correspondait pas exactement au modèle du légat du Pape communément admis, et qui obtenait l’assentiment aussi bien des riches que des indigents ; Clément V l’avait bel et bien vu, lorsque son neveu ‘était présenté à lui, à peine ordonné prêtre et pétri de bonne volonté, malgré le souhait de ses parents de profiter de la présence d’un homme si haut placé dans leur famille pour assurer l’ascension de leur avant-dernier garçon. Une chance, en soi, pour dame Isabeau, que son frère eût été Pape, sans quoi elle et son époux n’auraient pas su quoi faire de cette âme bien trop douce pour escompter le voir se tailler une place de choix dans le monde des puissants… C’était bien loin des palais et des intrigues de Cour qu’Arnaud s’épanouissait pleinement, comme l’on pouvait le lire sur ses traits détendus, rayonnants avec douceur. Comble d’ironie, le titre prestigieux de ce jeune homme tant de fois mésestimé par ses proches lui donnait la pleine et entière liberté de passer du temps auprès des malades, des orphelins et des profondément désargentés, sans que ses chers géniteurs aient quoi que ce fût à en dire ; en tant que Pellegrue le plus haut placé, il se trouvait au-dessus de toute critique, protégé par une sacro-sainte réussite autant que par l’assentiment des Cieux et des relations puissantes dont il n’aurait pourtant jamais eu ne serait-ce que l’idée de se servir pour faire payer à ceux l’ayant mérité toute la hauteur avec laquelle ils lui avaient prédit un avenir d’une fadeur méprisable. Au lieu de céder aux sirènes d’une orgueilleuse vengeance, ou de se perdre dans les attraits d’une vie facile, proche de pouvoir et riches en arrangements avec la bonne morale, Arnaud avait décidé, en cette belle journée, de distribuer des miches de pain, sans rien demander en retour que la possibilité d’aider son prochain, avec l’or que ses sages paroles, encourageant à l’humilité et à la générosité, avaient réussi à rassembler en vue de ces instants de partage.

Debout derrière une longue table de bois, installée par ses gens sur la petite placette du village, il n’y avait bien que ce fragile meuble de bois qui séparât le cardinal des fidèles venus quémander de quoi manger, une bénédiction, ou les deux à la fois : c’était avec un naturel désarmant, presque déplacé en un sens tant il surprenait de la part d’un aristocrate descendu parmi le petit peuple, qu’il adressait un sourire, un mot aimable à tous, sans se dégoûter de ces mains calleuses serrant les siennes, remerciements pleins de pudeur délivrés sans mot dire, ou de ces lèvres rappeuses venues baiser avec dévotion ses doigts, qi dans leurs rêves les plus fous auraient seulement daigné leur glisser négligemment un ou deux sous, pas plus. La seule concession que de Pellegrue avait consentie, après de menues négociations avec ses gardes, durant lesquelles on l’avait presque supplié de se montrer raisonnable, consistait en l’abandon momentané de sa bague ecclésiastique, seul signe de riche apparente que le Girondin n’avait pas souhaité se départir de prime abord –car qui souhaiterait se dépouiller de son anneau de mariage, sans que le souhait de cocufier sa compagne en mentant sur son célibat n’y soit mêlée ?-. Même un simple anneau risquait d’attirer la convoitise, puisque malgré l’absence de pierre précieuse ceignant la chevalière que portait d’ordinaire le prélat, car il était d’or, et les talents des chapardeurs et autres malandrins fort habiles dépassaient proprement l’entendement, lorsque les voleurs en question n’optaient pas purement et simplement pour le tranchage de la phalange en question, si vite qu’ils avaient pris la fuite avant même que la douleur ne commence à remonter le long de votre bras blessé. Avec un léger pincement au cœur, Arnaud avait accepté de jouer le jeu, conscient que malheureusement, la foule ne compterait peut-être pas que de braves chrétiens, pour finalement peu à peu oublier cette impression de se retrouver privé de tout vêtement alors que les premiers visiteurs commençaient à s’approcher, d’abord hésitants, puis en confiance. Manches retroussées en-dessous du coude, il ne semblait souffrir ni de la fatigue ni de la légère touffeur, infatigable, invariablement bienveillant malgré la file de nécessiteux qui paraissait ne vouloir commencer à diminuer. Qu’adviendrait-il, quand les sacs de pains finiraient immanquablement par se tarir ? Tous ces visages à présent amicaux se teinteraient-ils de ressentiment, de haine, alors que le tranquille rassemblement se muerait en horde violente ? Le partage et la retenue s’oubliaient vite, lorsque votre ventre criait famine et que vos espoirs ne se trouvaient point récompensés, qu’importât les lames aiguisés des soldats vous barrant la route ?

Arnaud n’y pensait pas, pas plus qu’à tous les incidents imaginables dont la possibilité hantait les pensées des hommes ayant la rude tâche de veiller sur lui, pas plus qu’il ne se préoccupait de la façon dont certains –ou certaines- pouvaient bien le juger, tapis à distance et plus prompt à observer le lent ballet des quémandeurs avec une moue dédaigneuse. Tout à son ouvrage humanitaire, tamponnant de temps à autres du dos de la main la légère pellicule de sueur affleurant à son front, il semblait que pour certains êtres, la joie illuminant des traits fatigués valait plus que tous les louis rassemblés pour mener à bien cette distribution.






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